Indications
Syndrome coronarien aigu sans sus-décalage du segment ST (angor instable).
Prévention secondaire des récidives d’événements cérébrovasculaires :
- accident ischémique transitoire (AIT) ;
- accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique.
Contre-indications
Réactivité croisée : ne pas administrer aux patients ayant des antécédents d’asthme, de rhinite ou d’urticaire déclenchés par :
- l’acide acétylsalicylique (aspirine) ;
- d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
Autres contre-indications :
- hémophilie ;
- thrombopénie ;
- ulcère gastrique ou duodénal évolutif ;
- cirrhose hépatique ;
- insuffisance cardiaque sévère ;
- doses > 100 mg/jour pendant le troisième trimestre de la grossesse.
Posologie
Infarctus aigu du myocarde :
- dose de charge de 300 à 500 mg dès que possible après le début des symptômes.
Prévention des complications cardiovasculaires (après un infarctus aigu du myocarde, un syndrome coronarien aigu sans sus-décalage du segment ST ou en cas d’angor stable) :
- un comprimé de 75 à 80 mg par jour.
Prévention des récidives d’événements cérébrovasculaires :
- un comprimé de 75 à 80 mg par jour.
Mises en garde et précautions d’emploi
Utiliser l’aspirine avec prudence dans les situations suivantes :
- traitement anticoagulant concomitant (par exemple antivitamines K ou héparine, sauf héparine à faible dose) ;
- troubles digestifs ;
- insuffisance rénale sévère (débit de filtration glomérulaire < 30 mL/min) ;
- insuffisance cardiaque légère à modérée, insuffisance rénale ou hépatique, en particulier en association avec un diurétique (risque de rétention hydrosodée et d’altération de la fonction rénale).
Patients présentant un asthme bronchique, une bronchopneumopathie chronique obstructive, une rhinite allergique saisonnière ou une polypose nasale : risque accru de réactions d’hypersensibilité aux AINS (crise d’asthme, œdème de Quincke, urticaire).
La consommation d’alcool augmente le risque d’hémorragie digestive.
De rares toxidermies graves (syndrome de Stevens-Johnson, nécrolyse épidermique toxique, syndrome DRESS) ont été rapportées sous acide acétylsalicylique. Arrêter le traitement dès les premiers signes d’éruption cutanée, d’atteinte muqueuse ou d’hypersensibilité.
Interactions médicamenteuses
Interactions pharmacodynamiques
Anticoagulants, thrombolytiques ou autres antiagrégants plaquettaires :
- les salicylés inhibent la fonction plaquettaire et majorent l’effet des anticoagulants, donc le risque hémorragique. Surveiller la coagulation.
Ciclosporine, tacrolimus :
- les AINS peuvent majorer la néphrotoxicité de la ciclosporine et du tacrolimus. Surveiller la fonction rénale.
Diurétiques et antihypertenseurs :
- les AINS peuvent réduire l’efficacité des diurétiques et des antihypertenseurs. Le risque d’insuffisance rénale aiguë augmente en association avec un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC).
Corticoïdes et autres AINS :
- risque accru d’hémorragie digestive en association avec l’acide acétylsalicylique.
Uricosuriques (par exemple probénécide) :
- les salicylés s’opposent à l’effet du probénécide. Association à éviter.
Ibuprofène :
- peut inhiber l’effet antiagrégant de l’aspirine à faible dose en cas de prise simultanée. La portée clinique reste incertaine.
Métamizole (noramidopyrine) :
- peut réduire l’effet antiagrégant de l’acide acétylsalicylique. À utiliser avec prudence chez les patients traités par aspirine à faible dose à visée cardioprotectrice.
Interactions pharmacocinétiques
Méthotrexate :
- les AINS inhibent la sécrétion tubulaire du méthotrexate, augmentant sa concentration plasmatique et le risque de toxicité. Éviter l’association avec le méthotrexate à forte dose.
Digoxine et lithium :
- l’acide acétylsalicylique diminue leur excrétion rénale et augmente leur concentration plasmatique. Surveiller les concentrations et adapter la posologie si nécessaire.
Acide valproïque :
- l’acide acétylsalicylique peut réduire la fixation du valproate à l’albumine sérique et augmenter la fraction libre plasmatique.
Phénytoïne :
- les salicylés réduisent la fixation de la phénytoïne à l’albumine plasmatique, sans modification de l’effet thérapeutique.
Sulfamides hypoglycémiants :
- les salicylés peuvent potentialiser l’effet hypoglycémiant des sulfamides, probablement par diminution de leur fixation à l’albumine sérique.
Acide nicotinique :
- l’acide acétylsalicylique peut augmenter la concentration plasmatique d’acide nicotinique, probablement par inhibition compétitive de sa conjugaison à la glycine.
Grossesse
Faibles doses (jusqu’à 100 mg/jour) :
- les données cliniques suggèrent que des doses allant jusqu’à 100 mg/jour peuvent être utilisées, sous surveillance.
Doses de 100 à 500 mg/jour :
- l’expérience clinique est insuffisante ; appliquer les recommandations relatives aux doses plus élevées.
Doses de 500 mg/jour et plus :
- l’inhibition de la synthèse des prostaglandines peut retentir défavorablement sur la grossesse.
Risques rapportés :
- risque accru de fausse couche ;
- risque de malformations cardiaques et de laparoschisis (gastroschisis), surtout en début de grossesse ;
- le risque absolu de malformation cardiovasculaire passe de < 1 % à environ 1,5 % ;
- le risque augmente avec la dose et la durée du traitement.
Études chez l’animal :
- augmentation des pertes pré- et post-implantatoires, de la mortalité embryofœtale et des malformations (notamment cardiovasculaires).
Recommandations :
- n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue au cours des premier et deuxième trimestres ;
- utiliser la dose efficace la plus faible pendant la durée la plus courte ;
- contre-indiqué au troisième trimestre (doses > 100 mg/jour) en raison des risques suivants :
- toxicité cardiopulmonaire (fermeture prématurée du canal artériel, hypertension artérielle pulmonaire) ;
- altération de la fonction rénale fœtale (insuffisance rénale et oligoamnios) ;
- majoration du risque hémorragique et inhibition des contractions utérines (retard ou allongement du travail).
Allaitement
De faibles quantités de salicylés et de leurs métabolites passent dans le lait maternel.
Utilisation ponctuelle à doses thérapeutiques :
- il n’est pas nécessaire d’interrompre l’allaitement (aucun effet indésirable rapporté chez le nourrisson).
Utilisation prolongée ou à fortes doses :
- interrompre l’allaitement.
Fertilité
L’acide acétylsalicylique peut altérer la fertilité féminine.
Il est déconseillé chez les femmes ayant un projet de grossesse.
L’arrêt du traitement doit être envisagé chez les femmes présentant des difficultés à concevoir ou faisant l’objet d’un bilan d’infertilité.
Conduite de véhicules et utilisation de machines
- L’acide acétylsalicylique n’a pas d’effet connu sur l’aptitude à conduire ou à utiliser des machines.
Effets indésirables
Les plus fréquents : dyspepsie (2 à 6 %).
L’augmentation de la tendance hémorragique (surtout digestive) est rarement symptomatique.
Fréquence des effets indésirables
Fréquents (> 1/100) :
- hématologiques : augmentation de la tendance hémorragique ;
- digestifs : dyspepsie.
Peu fréquents (> 1/1000, < 1/100) :
- généraux : réactions allergiques (urticaire, rhinite, asthme).
Rares (< 1/1000) :
- digestifs : hémorragie digestive grave ;
- neurologiques : hémorragie intracrânienne ;
- cutanés : syndrome de Stevens-Johnson, nécrolyse épidermique toxique, syndrome DRESS ;
- rénaux : altération de la fonction rénale.
Populations particulières :
- les patients allergiques ou asthmatiques ont un risque plus élevé de réactions d’hypersensibilité ;
- un saignement occulte peut, dans de rares cas, entraîner une anémie ;
- les hémorragies digestives graves ne surviennent qu’en cas de doses élevées et d’utilisation régulière.
Signes de surdosage :
- vertiges, acouphènes, hypoacousie, agitation, hallucinations, tremblements, hyperventilation, sueurs, nausées, vomissements, douleurs abdominales ;
- formes graves : perte de connaissance, convulsions, hyperthermie, acidose métabolique, alcalose respiratoire, hypoglycémie ou hyperglycémie, hypokaliémie, déshydratation, oligurie, coagulopathie, atteinte hépatique, œdème pulmonaire, rhabdomyolyse, insuffisance rénale.
Prise en charge du surdosage
Traitement symptomatique et mesures de soutien.
Lavage gastrique si indiqué.
Charbon activé (doses répétées).
Réhydratation, correction de l’acidose et des troubles hydro-électrolytiques.
Alcalinisation des urines par bicarbonate de sodium pour accélérer l’élimination.
Surveiller l’hémostase ; administrer de la vitamine K, des concentrés plaquettaires ou du plasma frais congelé si nécessaire.
Envisager l’hémodialyse dans les formes graves (salicylémie élevée, acidose, atteinte neurologique ou insuffisance rénale).
Pharmacodynamie
Mécanisme d’action : inhibition de l’agrégation plaquettaire par acétylation irréversible de la cyclo-oxygénase, ce qui empêche la formation de thromboxane A2.
L’effet persiste pendant toute la durée de vie des plaquettes (7 à 10 jours).
Effets rénaux : inhibition de la synthèse rénale de prostacycline, pouvant entraîner une insuffisance rénale aiguë, une rétention hydrosodée et une décompensation cardiaque chez les patients insuffisants rénaux, cardiaques ou hépatiques.
Pharmacocinétique
Absorption :
- principalement dans l’intestin grêle et l’estomac ;
- concentration plasmatique maximale en 40 minutes.
Métabolisme :
- hydrolyse en acide salicylique (demi-vie de 30 minutes) ;
- l’acide salicylique est lié à 80 % aux protéines plasmatiques.
Élimination :
- dose-dépendante ; la demi-vie est de 2 à 4 heures pour des doses < 3 g/jour ;
- excrétion principalement rénale.
Formulation :
- l’oxyde de magnésium est ajouté pour accélérer la dissolution dans le tube digestif.