Interprétation du NT-proBNP et du BNP dans la prise de décision clinique

Sommaire (34)

Définition et physiopathologie

Le peptide natriurétique de type B (BNP) et le peptide natriurétique N-terminal du pro-BNP (NT-proBNP) sont des marqueurs circulants du stress pariétal myocardique. Ils sont principalement libérés par les cardiomyocytes ventriculaires en réponse à une augmentation de la tension transmurale et de l’étirement ventriculaire. Le peptide natriurétique atrial est produit essentiellement par le tissu atrial ; le dosage du pro-ANP dans sa région médiane peut fournir des informations comparables à celles du BNP et du NT-proBNP dans l’insuffisance cardiaque (IC).

Les peptides natriurétiques biologiquement actifs favorisent la vasodilatation, l’excrétion rénale de sodium et d’eau ainsi que la réduction de la fibrose cardiaque par activation du récepteur de type A des peptides natriurétiques. Le NT-proBNP est un produit de clivage inactif, dépourvu d’effet biologique direct.

Le BNP et le NT-proBNP ont des caractéristiques d’élimination différentes. Tous deux font l’objet d’une élimination passive par des organes fortement perfusés, notamment les reins. Le BNP est en outre éliminé par le récepteur d’élimination des peptides natriurétiques et dégradé par des enzymes circulantes et tissulaires, dont la néprilysine. Leurs demi-vies diffèrent donc fortement : environ 20 minutes pour le BNP et 90 minutes pour le NT-proBNP. Par conséquent, les concentrations plasmatiques de ces deux peptides ne sont pas interchangeables.

Les concentrations de peptides natriurétiques reflètent le stress hémodynamique, mais leur libération n’est pas spécifique d’une dysfonction systolique ventriculaire gauche. Les taux peuvent également augmenter en cas de :

  • Dysfonction diastolique ventriculaire gauche

  • Valvulopathie

  • Hypertension pulmonaire

  • Cardiopathie ischémique

  • Arythmies atriales

  • Affection péricardique, notamment constriction péricardique

  • Dysfonction ventriculaire droite due à une embolie pulmonaire

  • Cardiomyopathies infiltratives, notamment amylose cardiaque

  • Sepsis et autres états hyperdynamiques

Dans l’amylose cardiaque, le BNP ou le NT-proBNP peut être fortement élevé même lorsqu’une congestion manifeste n’est pas apparente. Une telle discordance doit conduire à envisager une cardiomyopathie infiltrative dans un contexte clinique approprié.

Plusieurs facteurs liés au patient influencent l’interprétation. Les concentrations de peptides natriurétiques augmentent généralement avec l’âge et sont plus élevées chez les patients présentant une insuffisance rénale, ce qui reflète à la fois une diminution de l’élimination et la forte prévalence des cardiopathies structurelles dans cette population. L’obésité est associée à des concentrations de BNP et de NT-proBNP inférieures à celles attendues malgré un stress pariétal ventriculaire comparable ou supérieur, probablement en raison d’une inhibition de la production des peptides natriurétiques ou d’une modification post-traductionnelle plutôt que d’un simple effet sur leur élimination.

Le traitement influence également l’interprétation. Les inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine peuvent augmenter les concentrations de BNP, bien que cet effet ne soit pas constant et puisse être transitoire. Comme le NT-proBNP n’est pas un substrat de la néprilysine, il reste plus étroitement corrélé à l’état clinique au cours d’un traitement par inhibiteur du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine.

Applications cliniques

Les peptides natriurétiques ont trois rôles principaux :

  • Étayer ou exclure le diagnostic d’IC

  • Estimer la gravité de la maladie et le pronostic

  • Contribuer au suivi longitudinal et à la stratification du risque

Ils sont utiles dans les présentations aiguës comme en ambulatoire, mais les seuils appropriés diffèrent fortement selon le contexte clinique. Les valeurs obtenues aux urgences chez un patient présentant une dyspnée aiguë ne doivent pas être transposées directement à des patients ayant des symptômes ambulatoires moins aigus.

Les peptides natriurétiques complètent l’évaluation clinique, mais ne la remplacent pas. Le résultat doit être intégré aux données de l’anamnèse, de l’examen clinique, de l’ECG, de l’échocardiographie et des autres explorations pertinentes.

Présentation clinique et symptômes

Le dosage des peptides natriurétiques est particulièrement utile lorsque les symptômes évoquent une IC mais que le diagnostic demeure incertain. L’IC aiguë entraîne généralement des concentrations de BNP et de NT-proBNP plus élevées que la maladie chronique stable, et une surcharge volémique plus importante est habituellement associée à des taux plus élevés. Toutefois, cette relation n’est pas universelle.

Chez les patients ambulatoires, la dyspnée peut être moins intense et les concentrations peptidiques sont généralement plus faibles. Dans ce contexte, le dosage sert principalement à exclure une IC, avec des seuils choisis pour obtenir une valeur prédictive négative élevée. Un résultat élevé doit généralement conduire à une évaluation complémentaire, notamment à une échocardiographie lorsque celle-ci est cliniquement indiquée.

Les symptômes et signes justifiant le dosage comprennent :

  • Dyspnée

  • Œdème périphérique

  • Symptômes évocateurs d’une IC aiguë

  • Limitation inexpliquée à l’effort

  • Suspicion clinique de cardiomyopathie ou de cardiopathie structurelle

En contexte périopératoire, une dyspnée ou un œdème périphérique sans explication non cardiaque évidente doit conduire à réaliser un ECG et à doser le BNP ou le NT-proBNP. Si le peptide natriurétique est élevé, une échocardiographie transthoracique est recommandée avant une chirurgie non cardiaque.

Évaluation et examen clinique

Les résultats des peptides natriurétiques doivent être interprétés parallèlement à une évaluation clinique structurée. L’examen doit déterminer si les symptômes s’accompagnent de signes de congestion, d’hypoperfusion, de valvulopathie, d’hypertension pulmonaire, d’arythmie ou d’une autre affection cardiovasculaire.

Une attention particulière est nécessaire lorsque les concentrations peptidiques semblent disproportionnées par rapport aux constatations cliniques. Une élévation marquée sans congestion évidente peut s’observer dans les cardiomyopathies infiltratives, tandis qu’une valeur relativement basse n’exclut pas de manière fiable une IC chez les patients obèses.

Pour l’évaluation préopératoire :

  • Une anamnèse précise et un examen clinique sont recommandés chez tous les patients devant subir une chirurgie non cardiaque.

  • Chez les patients présentant une dyspnée et/ou un œdème périphérique, un ECG et un dosage du BNP ou du NT-proBNP sont indiqués en l’absence d’explication non cardiaque certaine.

  • Une élévation du BNP ou du NT-proBNP dans ce contexte doit être suivie d’une échocardiographie transthoracique.

  • Chez les patients présentant une IC suspectée ou connue et devant subir une chirurgie à haut risque, la fonction ventriculaire gauche doit être évaluée par échocardiographie et le BNP ou le NT-proBNP doit être dosé, sauf si ces évaluations ont été réalisées récemment.

  • Les patients atteints d’IC doivent recevoir un traitement médical optimal conforme aux recommandations et bénéficier d’une évaluation régulière de l’état volémique et de la perfusion des organes.

Un dosage systématique n’est pas approprié chez les patients à faible risque devant subir une chirurgie non cardiaque à faible ou intermédiaire risque lorsqu’il n’existe ni maladie cardiovasculaire connue, ni charge de facteurs de risque cardiovasculaire, ni symptôme ou signe évocateur de maladie cardiovasculaire.

Interprétation diagnostique

Insuffisance cardiaque aiguë

Les valeurs ci-dessous sont proposées pour les applications cliniques du BNP et du NT-proBNP dans les présentations aiguës.

Utilisation clinique BNP NT-proBNP
Exclure une IC aiguë décompensée <30–50 pg/mL <300 pg/mL
Approche à seuil unique pour identifier une IC aiguë <100 pg/mL <900 pg/mL
Approche à seuils multiples <100 pg/mL : exclure ; 100–400 pg/mL : zone grise ; >400 pg/mL : confirmer Stratification selon l’âge : <450 pg/mL pour un âge <50 ans ; <900 pg/mL pour un âge de 50–75 ans ; <1800 pg/mL pour un âge >75 ans

Les performances rapportées des seuils d’exclusion sont élevées. Un BNP inférieur à 30–50 pg/mL possède une sensibilité d’environ 97 % et une valeur prédictive négative d’environ 96 % pour exclure une IC aiguë décompensée. Un NT-proBNP inférieur à 300 pg/mL possède une sensibilité d’environ 99 % et une valeur prédictive négative d’environ 99 %.

Pour identifier une IC aiguë, un seuil unique de BNP de 100 pg/mL a une sensibilité rapportée de 90 %, une spécificité de 76 %, une valeur prédictive positive de 79 % et une valeur prédictive négative de 89 %. Un seuil unique de NT-proBNP de 900 pg/mL a une sensibilité rapportée de 90 %, une spécificité de 85 %, une valeur prédictive positive de 76 % et une valeur prédictive négative de 94 %.

La stratégie du BNP à seuils multiples identifie une plage de faible probabilité inférieure à 100 pg/mL, une plage intermédiaire ou « zone grise » de 100–400 pg/mL et une plage de probabilité élevée supérieure à 400 pg/mL. L’approche correspondante pour le NT-proBNP est stratifiée selon l’âge. Ces valeurs ne doivent pas être appliquées mécaniquement ; l’âge, la fonction rénale, l’obésité, le rythme, la valvulopathie et le phénotype clinique influencent tous le résultat.

Dyspnée ambulatoire ou moins aiguë

Pour l’évaluation ambulatoire, des seuils plus bas sont nécessaires que ceux utilisés en cas de dyspnée aiguë.

Utilisation clinique BNP NT-proBNP
Application ambulatoire chez les patients asymptomatiques 20 pg/mL Non précisé dans le document source
Application ambulatoire chez les patients symptomatiques 40 pg/mL Non précisé dans le document source
Approche d’exclusion stratifiée selon l’âge Non précisé dans le document source <125 pg/mL pour un âge <75 ans ; <450 pg/mL pour un âge ≥75 ans

La valeur prédictive négative rapportée des seuils ambulatoires du BNP est d’environ 96 % chez les patients asymptomatiques et de 98 % chez les patients symptomatiques. Pour le NT-proBNP, les seuils stratifiés selon l’âge ont des valeurs prédictives négatives rapportées d’environ 91 % chez les patients âgés de moins de 75 ans et de 98 % chez ceux âgés de 75 ans ou plus.

Un résultat ambulatoire élevé n’établit pas à lui seul le diagnostic d’IC. Il indique la nécessité d’une évaluation diagnostique complémentaire, comprenant habituellement une échocardiographie.

Phénotype et sévérité de l’insuffisance cardiaque

Les concentrations de peptides natriurétiques tendent à augmenter avec l’aggravation de la classe fonctionnelle NYHA. Elles sont généralement plus élevées dans l’IC à fraction d’éjection ventriculaire gauche réduite (HFrEF) que dans l’IC à fraction d’éjection ventriculaire gauche modérément réduite (HFmrEF) ou préservée (HFpEF), bien que la fonction diastolique contribue de manière indépendante à la concentration.

Les taux sont généralement plus élevés au cours d’une IC aiguë que dans la maladie chronique stable. La valeur de base stable d’un patient peut donc être utile lorsque des symptômes apparaissent ultérieurement, car les variations par rapport à la valeur individuelle de référence peuvent être plus informatives qu’une mesure isolée.

Biomarqueurs et résultats biologiques

Informations pronostiques dans l’insuffisance cardiaque

Le BNP et le NT-proBNP fournissent des informations pronostiques dans l’ensemble du spectre de l’IC, même après ajustement sur l’anamnèse, les constatations de l’examen clinique, les mesures échocardiographiques et l’épreuve d’effort cardiorespiratoire.

Les évaluations sériées apportent des informations pronostiques supplémentaires par rapport à une mesure unique :

  • Des taux durablement élevés ou en augmentation chez les patients ambulatoires atteints d’IC identifient une population particulièrement à haut risque.

  • Dans l’IC aiguë, l’absence de diminution substantielle à la sortie de l’hôpital est associée à une morbidité et à une mortalité plus élevées.

  • Une diminution d’au moins 30 % à la sortie de l’hôpital a été proposée comme réponse souhaitable.

  • Dans les critères de réponse cardiaque présentés dans le document source, une réponse est définie par une diminution de 30 % ou de 300 pg/mL, selon la valeur la plus élevée ; une progression est définie par une augmentation de 30 % ou de 300 pg/mL.

Catégorie de réponse Variation du NT-proBNP
Réponse Diminution de 30 % ou de 300 pg/mL, selon la valeur la plus élevée
Stable Absence de variation significative
Progression Augmentation de 30 % ou de 300 pg/mL
Absence de réponse Réduction ≤30 % par rapport à la valeur initiale
Réponse partielle Réduction de 31–60 % par rapport à la valeur initiale
Très bonne réponse partielle Réduction >60 % par rapport à la valeur initiale jusqu’à un nadir >400 pg/mL
Réponse organique complète Nadir ≤400 pg/mL

Le document source décrit également une association entre la réduction du NT-proBNP à moins de 1000 pg/mL à 12 mois, le remodelage inverse du ventricule gauche et l’amélioration du pronostic, indépendamment de la stratégie thérapeutique utilisée. Cela souligne l’importance de la réponse au traitement plutôt que l’utilisation de la concentration du biomarqueur comme cible thérapeutique isolée.

Autres biomarqueurs dans l’insuffisance cardiaque

Un large éventail de biomarqueurs présente des associations pronostiques dans l’IC. Des relations inverses avec la survie ont été décrites pour des marqueurs neurohormonaux et inflammatoires, notamment la noradrénaline, la rénine, la vasopressine arginine, l’aldostérone, le BNP, le NT-proBNP, l’endothéline-1, le facteur de nécrose tumorale, les récepteurs solubles du facteur de nécrose tumorale, la protéine C-réactive, la galectine-3, la pentraxine-3 et le ST2 soluble.

Les troponines cardiaques peuvent être élevées dans l’IC non ischémique et prédire des événements cardiaques défavorables ainsi que la survenue d’une IC. L’anémie est associée à des symptômes plus nombreux, à une classe fonctionnelle NYHA plus élevée, à une augmentation des hospitalisations pour IC et à une réduction de la survie. La carence martiale est également fréquente et associée à une mortalité accrue et à une moins bonne qualité de vie, même en l’absence d’anémie.

Le document source définit la carence martiale dans l’IC comme suit :

  • Ferritine <100 µg/L, ou

  • Ferritine 100–299 µg/L avec saturation de la transferrine <20 %

Une évaluation diagnostique standard doit être réalisée chez les patients anémiques, et les causes réversibles doivent être traitées conformément aux recommandations applicables. La transfusion sanguine systématique n’est pas recommandée dans l’anémie stable associée à l’IC sur la base des éléments fournis. Le traitement stimulant l’érythropoïèse par darbepoétine alfa n’a pas amélioré les critères cliniques décrits, et les recommandations ACC/AHA/HFSA de 2022 déconseillent les agents stimulant l’érythropoïèse dans l’HFrEF.

Embolie pulmonaire aiguë

L’embolie pulmonaire aiguë entraîne une surcharge de pression du ventricule droit et un étirement myocardique, stimulant la libération de BNP et de NT-proBNP. Les concentrations reflètent donc la sévérité de la dysfonction ventriculaire droite et du retentissement hémodynamique.

Parmi les patients non sélectionnés présentant une embolie pulmonaire aiguë, 51 % avaient un BNP ou un NT-proBNP élevé à l’admission. Dans ce groupe, le risque rapporté de décès précoce était de 10 %, tandis que le risque d’évolution clinique défavorable était de 23 %.

Dans l’embolie pulmonaire normotensive, les peptides natriurétiques élevés ont une spécificité et une valeur prédictive positive limitées pour la mortalité précoce. À l’inverse, des concentrations basses ont une sensibilité et une valeur prédictive négative élevées pour exclure une évolution précoce défavorable.

Une concentration de NT-proBNP inférieure à 500 pg/mL a été utilisée pour sélectionner les patients pouvant être traités à domicile dans une étude multicentrique de prise en charge. Lorsqu’une spécificité pronostique plus élevée est souhaitée, un seuil d’au moins 600 pg/mL peut être plus approprié.

Le lactate fournit des informations complémentaires. Une concentration de lactate plasmatique artériel d’au moins 2 mmol/L indique un déséquilibre entre l’apport et la demande en oxygène des tissus et prédit les complications liées à l’embolie pulmonaire chez les patients non sélectionnés comme chez les patients initialement normotendus.

Syndromes coronariens aigus

Dans les syndromes coronariens aigus, les peptides natriurétiques ajoutent des informations pronostiques à celles de la troponine cardiaque, des variables cliniques et de l’ECG. Le BNP et le NT-proBNP contribuent à prédire :

  • La mortalité

  • L’IC aiguë

  • La survenue d’une fibrillation atriale

Les concentrations de troponine ultrasensible et la fonction rénale contribuent également de manière importante à l’évaluation du risque. La créatininémie et le débit de filtration glomérulaire estimé doivent être déterminés chez les patients présentant un syndrome coronarien aigu, car ils influencent le pronostic et font partie du score de risque GRACE.

Valvulopathies

Le BNP et la troponine peuvent contribuer au suivi de la progression des valvulopathies et à la détermination du moment de l’intervention. Dans les valvulopathies, le rapport entre le BNP ou le NT-proBNP mesuré et la limite supérieure de la normale du dosage pour l’âge et le sexe du patient constitue un facteur prédictif indépendant et supplémentaire de mortalité.

L’accumulation de plusieurs biomarqueurs élevés du stress cardiovasculaire chez les patients subissant un remplacement valvulaire aortique est associée à une mortalité toutes causes et cardiovasculaire plus élevée ainsi qu’à des réhospitalisations plus fréquentes.

Cardiopathies congénitales de l’adulte

Le BNP et le NT-proBNP sont les biomarqueurs de peptides natriurétiques les mieux étudiés chez les adultes présentant une cardiopathie congénitale. Ils fournissent des informations pronostiques importantes, mais leur valeur diagnostique pour l’IC varie selon la lésion sous-jacente et le type de réparation, car les seuils ne sont pas uniformes.

Ils sont particulièrement utiles chez les patients ayant une circulation biventriculaire et le moins utiles chez ceux ayant une circulation de Fontan. Les dosages sériés peuvent identifier les patients à risque d’événements défavorables. Les peptides natriurétiques peuvent également être élevés dans les cardiopathies cyanogènes, car l’hypoxie peut stimuler leur sécrétion.

Grossesse

Pendant la grossesse et au début du post-partum, des valeurs de peptides natriurétiques situées dans la plage normale ont une forte valeur prédictive négative pour l’IC, tandis que la valeur prédictive positive est plus faible. Chez les femmes présentant une cardiomyopathie, une cardiopathie congénitale de l’adulte ou une valvulopathie, des mesures initiales puis sériées et individualisées doivent être envisagées lors de l’évaluation de complications cardiaques éventuelles.

Les données fournies sur la grossesse comprennent les observations suivantes :

  • Une concentration de NT-proBNP supérieure à 125 pg/mL a été observée chez 20 % des femmes enceintes dans une population générale, contre 8 % des femmes non enceintes.

  • Le NT-proBNP peut rester plus élevé tout au long de la grossesse chez les femmes présentant des lésions à haut risque, une cardiopathie structurelle, une dysfonction systolique ventriculaire gauche ou une cardiopathie congénitale malgré une stabilité clinique.

  • Les patientes ayant développé une IC avaient un NT-proBNP médian plus élevé que celles n’en ayant pas développé, bien qu’un chevauchement important ait été observé.

  • Un NT-proBNP inférieur à 200 pg/mL avait une spécificité de 91 % et une valeur prédictive négative de 95 % pour prédire l’IC et la prééclampsie dans l’étude citée.

  • Un BNP inférieur à 100 pg/mL ou un NT-proBNP inférieur à 128 pg/mL pendant la grossesse a une valeur prédictive négative élevée pour exclure une IC.

Le dosage systématique de la troponine seule n’est pas recommandé pendant la grossesse, car les valeurs standardisées pendant la grossesse et le post-partum n’ont pas été établies.

Évaluation du risque périopératoire

Le BNP et le NT-proBNP quantifient le stress pariétal cardiaque hémodynamique, tandis que la troponine cardiaque T ou I ultrasensible quantifie la lésion myocardique. Ces deux groupes de biomarqueurs complètent l’évaluation clinique et l’ECG pour prédire les complications cardiaques périopératoires.

Un BNP ou un NT-proBNP élevé est associé au décès cardiovasculaire périopératoire, à l’arrêt cardiaque, à l’IC aiguë et aux tachyarythmies. En contexte périopératoire, le BNP et le NT-proBNP doivent être interprétés quantitativement comme des marqueurs d’IC, en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’obésité, de la dysfonction rénale et d’une cardiopathie connue.

Le document source définit les concentrations anormales pour l’évaluation périopératoire comme suit :

  • BNP ≥35 pg/mL

  • NT-proBNP ≥125 pg/mL

Chez les patients présentant une maladie cardiovasculaire connue, des facteurs de risque cardiovasculaire, notamment un âge ≥65 ans, ou des symptômes évocateurs de maladie cardiovasculaire, la troponine cardiaque T ou I ultrasensible doit être dosée avant une chirurgie non cardiaque à risque intermédiaire ou élevé, puis à nouveau 24 et 48 heures après. Le BNP ou le NT-proBNP ne doit pas être dosé systématiquement chez les patients à faible risque subissant des interventions à faible ou intermédiaire risque.

Traitement et prise en charge

Utilisation des peptides natriurétiques pour guider le traitement

Bien que le BNP et le NT-proBNP soient de puissants marqueurs pronostiques, les essais évaluant l’adaptation pharmacologique guidée par les biomarqueurs dans l’HFrEF ont produit des résultats discordants. Les données disponibles n’établissent pas de bénéfice systématique au-delà de la mise en œuvre rigoureuse du traitement recommandé par les recommandations.

Le dosage systématique du BNP ou du NT-proBNP dans le seul but de guider la titration du traitement de l’HFrEF n’est donc pas étayé. Les tendances des biomarqueurs peuvent néanmoins contribuer à l’évaluation clinique, en particulier lorsqu’elles sont interprétées avec les symptômes, les signes cliniques, l’état volémique, la fonction ventriculaire et la réponse au traitement.

Une diminution de la concentration d’un peptide natriurétique au cours du traitement est généralement associée à un meilleur pronostic. Toutefois, les décisions thérapeutiques ne doivent pas être fondées sur la valeur du peptide prise isolément.

Principes généraux de prise en charge

La prise en charge doit traiter la maladie cardiovasculaire sous-jacente et l’état hémodynamique reflété par le biomarqueur. Le document source étaye les principes suivants :

  • Appliquer rigoureusement le traitement de l’IC recommandé par les recommandations plutôt que de s’appuyer uniquement sur une titration guidée par les biomarqueurs.

  • Rechercher et traiter les causes réversibles d’anémie.

  • Identifier et traiter une carence martiale lorsqu’elle est présente.

  • En cas d’IC périopératoire, optimiser le traitement médical conformément aux recommandations actuelles sur l’IC.

  • Surveiller régulièrement l’état volémique et la perfusion des organes.

  • Faire preuve d’une prudence particulière lors de l’administration périopératoire de liquides en cas de cardiomyopathie, car la mobilisation postopératoire des liquides administrés en peropératoire peut entraîner une hypervolémie et une congestion pulmonaire.

  • Dans la cardiomyopathie hypertrophique obstructive, éviter les facteurs et les médicaments qui augmentent l’obstruction de la voie d’éjection ventriculaire gauche et assurer, lorsque nécessaire, une prise en charge pharmacologique et volémique appropriée.

  • Pendant la grossesse, utiliser les peptides natriurétiques comme complément de l’évaluation clinique et de l’échocardiographie plutôt que comme examens diagnostiques isolés.

Médicaments et considérations pratiques

Le document fourni ne propose pas de schéma pharmacologique complet de l’IC fondé sur le BNP ou le NT-proBNP et ne fournit aucune posologie spécifique des médicaments de l’IC.

Les principales considérations liées aux médicaments comprennent :

  • Les inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine peuvent augmenter transitoirement le BNP ; le NT-proBNP n’est pas un substrat de la néprilysine et peut donc être plus utile pour suivre l’évolution clinique au cours du traitement.

  • Les agents stimulant l’érythropoïèse ne sont pas recommandés dans la prise en charge de l’anémie de l’HFrEF selon les recommandations ACC/AHA/HFSA citées.

  • La transfusion sanguine systématique n’est pas recommandée dans l’anémie stable associée à l’IC sur la base du document source.

  • En périopératoire, le traitement de l’IC préexistant doit être optimisé conformément aux recommandations actuelles sur l’IC, en tenant compte de la fonction rénale, de l’état volémique et de la perfusion des organes.

Recommandations des sociétés savantes

Insuffisance cardiaque

La recommandation principale est de ne pas doser systématiquement le BNP et le NT-proBNP pour guider la titration pharmacologique dans l’HFrEF, car les stratégies guidées par les biomarqueurs ont donné des résultats discordants et n’ont pas démontré d’avantage constant par rapport à l’application rigoureuse du traitement recommandé par les recommandations.

Chirurgie non cardiaque

Les recommandations pertinentes sont résumées ci-dessous.

Situation clinique Recommandation Classe Niveau
Dyspnée et/ou œdème périphérique sans explication non cardiaque certaine Réaliser un ECG et doser le BNP ou le NT-proBNP avant l’intervention I C
Dyspnée et/ou œdème périphérique avec BNP ou NT-proBNP élevé Réaliser une échocardiographie transthoracique avant l’intervention I C
IC connue ou suspectée avant une chirurgie à haut risque Évaluer la fonction ventriculaire gauche par échocardiographie et doser le BNP ou le NT-proBNP, sauf si cette évaluation a été réalisée récemment I B
IC chez un patient devant subir une chirurgie non cardiaque Administrer un traitement médical optimal conformément aux recommandations actuelles sur l’IC I A
IC chez un patient devant subir une chirurgie non cardiaque Évaluer régulièrement l’état volémique et la perfusion des organes I C
Patient à faible risque devant subir une chirurgie à faible ou intermédiaire risque Ne pas doser systématiquement le BNP/NT-proBNP III B

Autres contextes cliniques

Dans les valvulopathies, les cardiopathies congénitales de l’adulte, les syndromes coronariens aigus, l’embolie pulmonaire, la grossesse et l’évaluation périopératoire, le BNP et le NT-proBNP sont principalement des biomarqueurs complémentaires. Leur signification dépend du contexte clinique, de la lésion cardiaque sous-jacente, de la fonction rénale, de l’âge, de l’obésité, du rythme et du traitement.

Limites et erreurs fréquentes d’interprétation

Considérer la valeur comme spécifique d’une maladie

Un BNP ou un NT-proBNP élevé indique un stress myocardique, mais n’en identifie pas la cause unique. L’hypertension pulmonaire, la surcharge du ventricule droit, les valvulopathies, les arythmies atriales, les affections péricardiques, le sepsis, l’embolie pulmonaire et les cardiomyopathies infiltratives peuvent tous entraîner une élévation.

Appliquer les seuils aigus aux patients ambulatoires

Les seuils utilisés aux urgences pour la dyspnée aiguë ne doivent pas être transposés aux patients ambulatoires. L’évaluation ambulatoire nécessite des seuils plus bas, principalement optimisés pour l’exclusion de l’IC.

Négliger les valeurs basses en cas d’obésité

L’obésité peut entraîner des concentrations peptidiques étonnamment basses. Un résultat bas doit donc être interprété avec prudence lorsque les données cliniques suggèrent fortement une IC.

Négliger la dysfonction rénale et l’âge

L’âge et l’insuffisance rénale augmentent tous deux les concentrations de BNP et de NT-proBNP. Ces facteurs peuvent réduire la spécificité et doivent être intégrés à l’interprétation.

Substituer les biomarqueurs à l’évaluation clinique

Les peptides natriurétiques renforcent l’évaluation diagnostique et pronostique, mais ne remplacent ni l’anamnèse, ni l’examen clinique, ni l’ECG, ni l’échocardiographie, ni les autres explorations ciblées.

Utiliser le BNP et le NT-proBNP comme des marqueurs interchangeables

Leurs mécanismes d’élimination et leurs demi-vies différents signifient que leurs concentrations absolues ne peuvent pas être directement assimilées. Le suivi des tendances doit idéalement être réalisé avec le même analyte et le même dosage.

Mal interpréter le BNP lors d’une inhibition du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine

Le BNP peut augmenter sous traitement par inhibiteur du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine. Le NT-proBNP n’est pas un substrat de la néprilysine et peut donc mieux refléter l’évolution clinique dans ce contexte.

Pronostic et suivi

Le BNP et le NT-proBNP sont de puissants marqueurs pronostiques dans l’IC aiguë comme chronique. Des concentrations plus élevées indiquent généralement un risque accru, tandis que des valeurs durablement élevées ou en augmentation identifient les patients exposés à un risque accru d’événements indésirables ultérieurs. Dans l’IC chronique ambulatoire, une augmentation peut précéder les événements cliniques de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Les mesures sériées peuvent fournir des informations supplémentaires par rapport à la valeur initiale :

  • Une diminution au cours du traitement de l’IC aiguë est associée à un meilleur pronostic.

  • L’absence de diminution importante à la sortie de l’hôpital est associée à une morbidité et à une mortalité plus élevées.

  • Des valeurs en augmentation au cours du suivi chronique identifient une population à haut risque.

  • Les catégories de réponse peuvent être définies à partir des variations en pourcentage et en valeur absolue par rapport à la valeur initiale.

Le suivi doit rester guidé par la clinique. Des dosages sériés du BNP ou du NT-proBNP peuvent être utiles pour évaluer une évolution clinique, une réponse au traitement ou le pronostic, mais la titration systématique guidée par les biomarqueurs n’est pas étayée. L’interprétation la plus fiable associe l’évolution du biomarqueur aux symptômes, aux constatations de l’examen clinique, à l’état volémique, à la fonction rénale, à l’ECG, à l’échocardiographie et au diagnostic cardiovasculaire sous-jacent.

Auteurs

EBM AI
Evidensbaserad AI-agent

Mis à jour 14 août 2026