Raccourcissement fractionnel pour l’estimation de la fraction d’éjection
Raccourcissement fractionnel (SF) pour l’estimation de la fonction systolique
Le raccourcissement fractionnel (SF, ou FS pour Fractional Shortening) est un indice hémodynamique classique calculé en mesurant la variation en pourcentage du diamètre interne du ventricule gauche pendant la systole. Il reflète principalement la contractilité radiale des fibres myocardiques. Il est mesuré en vue parasternale long axe (PLAX), préférentiellement en mode M pour bénéficier de sa haute résolution temporelle, bien que des mesures bidimensionnelles (2D) soient également possibles.
Pour une mesure précise, le curseur du mode M doit être positionné perpendiculairement au grand axe du ventricule gauche, juste à l’extrémité des feuillets de la valve mitrale. Les diamètres ventriculaires gauches en fin de systole (LVESD) et en fin de diastole (LVEDD) sont mesurés au moment du pic de l’onde R (diastole) et de l’excursion maximale de la paroi postérieure (systole). La formule suivante est utilisée pour calculer le raccourcissement fractionnel :
SF (%) = [(LVEDD – LVESD) / LVEDD] × 100

Limites cliniques du raccourcissement fractionnel
Bien que simple à obtenir, le raccourcissement fractionnel est considéré comme une mesure approximative de la fonction systolique globale du ventricule gauche dans la pratique moderne. Il s’agit d’une mesure linéaire unidimensionnelle qui tente d’extrapoler une fonction volumétrique tridimensionnelle. Les principales limitations sont les suivantes :
- Dépendance géométrique : La géométrie du ventricule gauche doit être normale (ellipsoïdale). En cas de remodelage sphérique ou d’anévrisme, la corrélation entre les dimensions linéaires et les volumes globaux s’effondre.
- Vision tubulaire (« Ice-pick view ») : Le mode M ne visualise qu’une seule ligne de tir. Il ne doit pas y avoir de différences régionales dans la fonction contractile (akinésie ou hypokinésie segmentaire). Si le curseur traverse une zone saine dans un ventricule par ailleurs infarci, le SF surestimera la fonction globale. Inversement, s’il traverse une zone akinétique, il la sous-estimera.
- Anomalies de conduction : L’activation ventriculaire doit être synchrone. Par exemple, dans le cas d’un bloc de branche gauche, le mouvement paradoxal du septum (septal flash) fausse les mesures des diamètres. Le raccourcissement fractionnel n’est alors plus représentatif de la fonction ventriculaire réelle, car les dimensions maximales et minimales ne correspondent pas aux vrais volumes télédiastoliques et télésystoliques physiologiques.
Pièges techniques et précision de la mesure
Outre les limites physiologiques, la technique de mesure est sujette à des erreurs d’acquisition :
- Angulation oblique : Si le faisceau ultrasonore n’est pas strictement perpendiculaire au grand axe du ventricule, les diamètres mesurés seront faussement augmentés (coupe oblique), ce qui peut altérer le calcul du SF.
- Définition de l’endocarde : Une mauvaise visualisation de l’endocarde, notamment de la paroi antérieure, peut conduire à inclure des trabéculations ou des structures de la valve tricuspide, faussant le résultat.
Valeur normale du raccourcissement fractionnel (SF)
Les valeurs normales peuvent varier légèrement selon les sociétés savantes, mais les seuils de référence communément admis chez l’adulte sont les suivants :
| Raccourcissement fractionnel normal, mode M | > 25 % (généralement 25-45 %) |
| FS normal, mesure 2D | > 18 % |
Une valeur inférieure à ces seuils suggère une dysfonction systolique, bien que la sévérité doive être confirmée par une méthode volumétrique (Simpson biplan).
Avantages et indications actuelles
Malgré ses limitations, le raccourcissement fractionnel conserve des avantages spécifiques :
- Résolution temporelle : Le mode M offre une résolution temporelle excellente (plus de 1000 images/seconde), bien supérieure au 2D. Cela permet une analyse précise du timing de la contraction pariétale.
- Reproductibilité : Si la géométrie ventriculaire est normale et qu’il n’y a pas d’anomalies régionales du mouvement de la paroi, le raccourcissement fractionnel est une mesure très reproductible et fortement corrélée à la fraction d’éjection.
- Utilisation pédiatrique : Chez l’enfant, où les ventricules sont souvent de géométrie normale et les fréquences cardiaques élevées, le SF reste un paramètre couramment utilisé.
Comme la fraction d’éjection, il est important de noter que le raccourcissement fractionnel est un indice dépendant des conditions de charge : il est affecté par la précharge (volume télédiastolique) et la postcharge (impédance aortique et résistance périphérique). Il est possible de calculer le raccourcissement fractionnel en utilisant des mesures en 2D si l’alignement du mode M est techniquement difficile.
Place dans les recommandations
Dans les recommandations actuelles de l’EACVI et de l’ASE, l’évaluation de la fonction systolique globale doit reposer prioritairement sur la méthode de Simpson biplan (mesure des volumes). Le raccourcissement fractionnel n’est plus recommandé comme méthode de première intention chez l’adulte souffrant de cardiopathie ischémique ou de cardiomyopathie dilatée, mais peut servir d’outil de surveillance sérielle chez des patients ayant une morphologie ventriculaire normale (par exemple, surveillance de la cardiotoxicité des chimiothérapies) lorsque la fenêtre acoustique ne permet pas une volumétrie adéquate.