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Echocardiographie clinique

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  1. Introduction to echocardiography and ultrasound imaging
    12 Chapters
  2. Principles of hemodynamics
    5 Chapters
  3. The echocardiographic examination
    3 Chapters
  4. Fonction systolique et contractilité du ventricule gauche
    11 Chapters
  5. Fonction diastolique du ventricule gauche
    3 Chapters
  6. Cardiomyopathies
    6 Chapters
  7. Maladie cardiaque valvulaire
    8 Chapters
  8. Conditions diverses
    5 Chapters
  9. Maladie du péricarde
    2 Chapters
Section 2, Chapter 3

L’équation de continuité (le principe de continuité)

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L’équation de continuité : Ce qui entre doit sortir

Comme nous l’avons vu précédemment, le volume d’éjection systolique (VES) est généralement calculé en mesurant la surface de la section transversale et l’ITV (intégrale temps-vitesse) dans la chambre de chasse du ventricule gauche (CCVG ou LVOT). Toutefois, le volume d’éjection systolique peut également être estimé en quantifiant le volume sanguin circulant à travers d’autres orifices, comme la valve mitrale ou la valve tricuspide. Cela s’explique par le principe de continuité (l’équation de continuité), fondé sur la loi de conservation de la masse, qui stipule que dans un système hydraulique fermé sans fuite, le volume de sang entrant dans une chambre doit être égal au volume sortant de cette même chambre (figure 1). Ainsi, en l’absence de shunt ou de régurgitation, le volume sanguin qui traverse la valve mitrale en diastole est égal au volume qui traverse la valve aortique en systole (figure 2).

L’équation de continuité repose sur la relation hydrodynamique fondamentale où le débit est le produit de la surface et de la vitesse. Plus précisément, la vitesse du sang est inversement proportionnelle à la surface de l’orifice pour un débit constant ; la vitesse augmente lorsque la surface de l’orifice diminue, et vice versa. C’est ce phénomène qui explique l’accélération du flux sanguin au travers d’une valve sténosée.

Figure 1. Le principe de continuité (l’équation de continuité) illustre que le débit (Q) reste constant le long du tube, impliquant que le produit de la surface (A) par la vitesse (V) est constant (A1 x V1 = A2 x V2).
Figure 2. Application cardiaque : Le principe de continuité stipule que le volume de sang passant par la valve mitrale (remplissage diastolique) doit être égal au volume passant par la valve aortique (éjection systolique), en l’absence de fuites.

Le volume systolique (VS), c’est-à-dire la quantité de sang éjectée dans l’aorte à chaque battement, est calculé en mesurant la surface et l’ITV au niveau de la chambre de chasse (LVOT). La formule correcte implique une multiplication et non une soustraction :

SV = surfaceLVOT × VTILVOT
SV = Stroke Volume (Volume d’éjection) ; LVOT = Left Ventricular Outflow Tract (Chambre de chasse VG) ; VTI = Velocity Time Integral (Intégrale temps-vitesse).

D’après cette formule, le volume d’éjection est le produit de la surface de section (calculée à partir du diamètre : $\pi \times r^2$ ou $0,785 \times D^2$) et de l’ITV du flux sanguin à cet endroit exact. Cependant, l’équation de continuité permet aussi de calculer le volume d’éjection en quantifiant le flux à travers la valve mitrale, la valve tricuspide ou la valve pulmonaire. Ces volumes sont calculés en utilisant le même principe (c’est-à-dire le produit de la surface de l’anneau valvulaire et de l’ITV du flux). Bien que le principe soit universel, le volume systolique est mesuré dans le LVOT dans la grande majorité des cas cliniques pour évaluer le débit cardiaque, pour les raisons suivantes :

  • La chambre de chasse du VG (LVOT) et la valve aortique sont généralement faciles à visualiser, et la qualité de l’image est souvent élevée dans les vues parasternales et apicales.
  • Le diamètre de l’anneau aortique et du LVOT est relativement constant pendant la systole, contrairement à l’anneau mitral qui est dynamique. Un diamètre représentatif et fixe est crucial car toute erreur de mesure du diamètre est élevée au carré lors du calcul de la surface.
  • Le flux dans le LVOT est laminaire (profil de vitesse plat), ce qui rend la mesure de l’ITV plus précise.
  • Il n’y a généralement pas de régurgitation significative dans la valve aortique qui perturberait la mesure du flux antérograde, alors que la prévalence de la régurgitation tricuspide et pulmonaire est élevée, rendant ces sites moins fiables pour le calcul du débit systémique net.

Applications alternatives pour le calcul du débit

Bien que le LVOT soit le site préférentiel, il est parfois nécessaire d’utiliser d’autres sites, notamment en cas de mauvaise échogénicité ou de pathologie aortique complexe.

Pour calculer le débit (volume) sur la valvule mitrale, le diamètre de l’anneau mitral est mesuré en diastole précoce (généralement 1 à 2 images après l’ouverture des feuillets) dans la vue apicale à quatre chambres. L’ITV est obtenue en Doppler pulsé dans la même vue, le volume de l’échantillon étant placé au niveau de l’anneau mitral (et non au bout des feuillets).

SVmitral = areamitral × VTImitral

Pour calculer le débit sur la valve tricuspide, le diamètre et l’ITV sont mesurés dans la chambre de chasse du ventricule droit (RVOT). Les mesures sont effectuées dans le plan de la valve aortique sur la vue parasternale petit axe (niveau gros vaisseaux) ou en parasternale grand axe pour le RVOT proximal.

SVtricuspid = SurfaceRVOT × VTIRVOT

Équation de continuité et régurgitation valvulaire

L’équation de continuité implique que la quantité de sang entrant dans le ventricule gauche (à travers la valve mitrale) est égale à la quantité de sang sortant du ventricule gauche (à travers la valve aortique) dans un cœur sain. En présence d’une valvulopathie fuyante, ce principe permet de quantifier les volumes de régurgitation. Par exemple, dans le cas d’une insuffisance mitrale isolée, le volume total entrant dans le VG (calculé au niveau mitral) est plus grand que le volume éjecté dans l’aorte (calculé dans le LVOT), la différence correspondant à la fuite.

Le volume régurgitant (RV) peut être quantifié selon la formule suivante :

RVmitral = SVmitral × SVaorta
RV = Volume Régurgitant ; SVmitral = Volume transmitral total (y compris la fraction qui va fuir) ; SVaorta = Volume éjecté vers la circulation systémique.

De même, le volume qui fuit dans le ventricule gauche en cas de régurgitation aortique (insuffisance aortique) peut être calculé en comparant le débit éjecté par la valve aortique (qui est la somme du débit systémique et du volume refluant) et le débit passant par la valve mitrale (qui correspond au débit systémique seul, en l’absence de fuite mitrale) :

RVaorta = SVaorta × SVmitral

Note clinique : Cette méthode, bien que théoriquement robuste, est techniquement exigeante car elle cumule les erreurs de mesure de deux sites différents (diamètres et ITV). Elle est souvent utilisée pour corroborer d’autres méthodes comme la PISA (Proximal Isovelocity Surface Area).

Classement de la sévérité des sténoses : Application au Rétrécissement Aortique

L’application la plus critique et la plus fréquente de l’équation de continuité en échocardiographie clinique est l’évaluation de la surface valvulaire aortique (SVA) dans le cadre du rétrécissement aortique (RA).

Toutes les sténoses valvulaires doivent être classées afin d’optimiser la prise en charge en fonction de la gravité de la maladie. Le paramètre hémodynamique le plus robuste pour la classification des sténoses est la surface d’ouverture de la valve (Surface Valvulaire Aortique – SVA). Contrairement aux gradients de pression, la surface valvulaire est théoriquement indépendante du débit cardiaque, ce qui est crucial chez les patients à bas débit. L’équation de continuité permet de calculer cette surface.

Le principe est le suivant : le débit volumétrique (SV) calculé dans la chambre de chasse (LVOT), juste avant la sténose, doit être égal au débit traversant l’orifice sténosé (Aorte). La vitesse augmente considérablement au passage de la sténose pour maintenir ce débit constant.

Débit LVOT = Débit Aorte
AreaLVOT × VTILVOT = AreaAorte × VTIAorte

En réarrangeant l’équation, nous pouvons isoler la variable inconnue (la surface de la valve aortique) :

SVA = (AreaLVOT × VTILVOT) / VTIAorte

En pratique clinique :

  1. AreaLVOT : On mesure le diamètre du LVOT en zoom sur la vue parasternale grand axe (PLAX) en mésosystole. La surface est calculée comme $\pi \times (D/2)^2$.
  2. VTILVOT : On mesure l’ITV du flux sous-valvulaire en Doppler pulsé (PW) dans la vue apicale 5 ou 3 cavités.
  3. VTIAorte : On mesure l’ITV du flux transvalvulaire (flux continu CW) à travers la sténose (vitesse maximale) dans la vue apicale, parasternale droite ou suprasternale.

Une surface valvulaire aortique inférieure à 1.0 cm² est généralement considérée comme le seuil d’une sténose sévère.

Limites et pièges techniques de l’équation de continuité

Bien que fondamentale, l’utilisation de l’équation de continuité nécessite une rigueur technique absolue. Les erreurs de mesure se propagent et peuvent fausser le diagnostic :

  • L’erreur de mesure du diamètre : C’est la source d’erreur la plus importante. Comme le rayon est élevé au carré pour obtenir la surface ($r^2$), une petite erreur de mesure du diamètre du LVOT entraîne une grande erreur sur la surface calculée et donc sur le débit ou la surface valvulaire finale.
  • La forme du LVOT : L’équation assume que le LVOT est circulaire. En réalité, il est souvent elliptique. L’échographie 2D mesure généralement le diamètre antéro-postérieur (souvent le petit axe de l’ellipse), ce qui peut sous-estimer la surface réelle et donc le débit (sous-estimation du volume d’éjection).
  • Position du volume d’échantillon : Pour le Doppler pulsé dans le LVOT, le volume d’échantillon doit être placé exactement au même endroit anatomique que la mesure du diamètre (généralement 5 à 10 mm sous l’anneau). Si l’échantillon est trop proche de la valve, on risque une accélération pré-sténotique ; s’il est trop loin, le flux peut être laminaire mais moins représentatif de la zone de mesure du diamètre.
  • Alignement du Doppler : Un mauvais alignement avec le flux sanguin (angle > 20°) sous-estime les vitesses (VTI) et donc les gradients et débits calculés. C’est particulièrement critique pour la mesure du jet sténotique aortique (Doppler continu).

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