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Formule de Winters pour l'acidose métabolique

Compensation respiratoire attendue (PaCO₂) dans l'acidose métabolique.

Mis à jour 23 août 2026

Sommaire (6)
Formule de Winters pour l'acidose métabolique
Bicarbonate (HCO₃⁻)
mEq/L
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Aide à la décision uniquement. Ne remplace pas le jugement clinique. Aucun de ces calculateurs n'a été relu et validé par un clinicien nommément identifié.

Quand l'utiliser

  • Évaluer si la compensation respiratoire d'une acidose métabolique est adéquate, et détecter un trouble respiratoire associé.

Formule

PaCO₂ attendue = 1,5 × [HCO₃⁻] + 8 ± 2 mmHg.

Pièges et conseils

  • Un test rapide au lit du patient : la PaCO₂ doit correspondre aux deux derniers chiffres du pH artériel lorsque la compensation est adéquate.

Références

  1. Albert MS, Dell RB, Winters RW. Quantitative displacement of acid-base equilibrium in metabolic acidosis. Ann Intern Med. 1967;66(2):312–22.

Contexte clinique

En cas d'acidose métabolique, l'organisme répond par une hyperventilation qui abaisse la PaCO₂ et contrebalance ainsi la baisse du pH. Savoir si cette compensation respiratoire est adéquate, c'est-à-dire si elle atteint le niveau que prédit la physiologie, est essentiel pour distinguer une acidose métabolique pure d'un trouble acidobasique mixte. Sans référence quantitative, il est tentant d'interpréter une PaCO₂ basse comme le signe d'une bonne compensation, alors qu'elle peut en réalité masquer une alcalose respiratoire associée. Inversement, une PaCO₂ qui paraît « pas si élevée » peut être malgré tout trop élevée au regard du degré d'acidose et indiquer une acidose respiratoire associée.

La formule de Winter fournit ce cadre de référence. Elle calcule la PaCO₂ attendue à partir de la concentration de bicarbonate et indique un intervalle de tolérance. Si la PaCO₂ mesurée sort de cet intervalle, il existe un trouble respiratoire s'ajoutant à l'acidose métabolique déjà connue.

Calcul selon la formule de Winter

La formule relie la PaCO₂ attendue à la concentration sérique de bicarbonate :

PaCO2=1,5×[HCO3]+8±2 mmHg\text{PaCO}_2 = 1{,}5 \times [\text{HCO}_3^-] + 8 \pm 2 \text{ mmHg}

[HCO3][\text{HCO}_3^-] est le bicarbonate sérique ou plasmatique en mEq/L. La valeur calculée constitue le point central, et le ±2 mmHg délimite l'intervalle de tolérance conventionnel à l'intérieur duquel la compensation est considérée comme adéquate.

La formule a été dérivée par Albert, Dell et Winters et publiée en 1967 [1]. L'étude examinait la relation quantitative entre l'équilibre acidobasique et la compensation respiratoire chez des patients en acidose métabolique. Les auteurs ont établi une relation linéaire entre bicarbonate et PaCO₂ qui est devenue depuis la référence clinique dominante pour apprécier la compensation dans l'acidose métabolique. La cohorte était constituée de patients présentant des degrés variables d'acidose métabolique, et la relation a été formulée comme une droite de régression dont la pente et l'ordonnée à l'origine ont donné les coefficients 1,5 et 8.

Interprétation en pratique

L'évaluation consiste à comparer la PaCO₂ mesurée à l'intervalle donné par la formule. Trois scénarios couvrent les cas de figure :

PaCO₂ mesurée par rapport à l'intervalle attendu Interprétation Conduite clinique
Dans l'intervalle (valeur attendue ±2 mmHg) Compensation respiratoire adéquate Traiter l'acidose métabolique sous-jacente ; aucune mesure respiratoire supplémentaire n'est nécessaire pour la compensation
Supérieure à l'intervalle attendu Acidose respiratoire associée ou compensation insuffisante Envisager une hypoventilation : effet des opiacés, faiblesse neuromusculaire, BPCO, épuisement lors d'une acidose marquée. Une assistance ventilatoire peut devenir nécessaire
Inférieure à l'intervalle attendu Alcalose respiratoire associée Rechercher la cause de l'hyperventilation : sepsis, hypoxie, douleur, anxiété, atteinte du système nerveux central, intoxication aux salicylés

Un repère clinique rapide au lit du patient est la règle de Fulop : en cas de compensation adéquate, la PaCO₂ (en mmHg) devrait correspondre aux deux chiffres après la virgule du pH. Si le pH est de 7,28, on attend une PaCO₂ voisine de 28 mmHg. Cette règle est une approximation grossière qui fonctionne le mieux dans les acidoses modérées ; elle ne remplace pas le calcul par la formule dans les cas limites.

Validation et performance

La formule de Winter n'a pas fait l'objet de grandes études de validation externe prospectives au sens moderne. Sa diffusion tient plutôt à des décennies d'usage clinique et au fait qu'elle reproduit la physiologie de façon satisfaisante chez les patients en acidose métabolique aiguë modérée à sévère.

La contestation la plus systématique vient de Marano, qui a évalué plusieurs formules de compensation chez des patients en hémodialyse chronique. Dans une étude portant sur 180 gazométries de patients hémodialysés en acidose métabolique légère (HCO₃⁻ ≥ 14 mEq/L), Marano a constaté que la formule de Winter présentait une erreur de prédiction plus importante que des alternatives plus simples, en particulier la formule PaCO₂ = [HCO₃⁻] + 15 [2]. Une étude antérieure sur 291 gazométries de la même population confirmait ce profil : la formule de Winter présentait des écarts plus importants que la « règle du 1,2 » décrivant la relation entre la baisse du bicarbonate et celle de la PaCO₂, comme que la formule simple [HCO₃⁻] + 15 [3]. L'auteur notait toutefois que lorsque le bicarbonate descend sous environ 12 mEq/L, les formules convergent et donnent en pratique la même PaCO₂ prédite, ce qui signifie que la formule de Winter est plus performante dans les acidoses marquées, précisément la situation pour laquelle elle a été dérivée à l'origine.

En résumé : la formule est bien établie pour l'acidose métabolique aiguë à bicarbonate bas, mais elle est moins performante dans les acidoses légères et dans les populations en acidose métabolique chronique, avant tout les patients hémodialysés.

Limites

La formule de Winter s'applique à l'acidose métabolique et ne doit pas être utilisée pour l'alcalose métabolique, où la relation entre bicarbonate et PaCO₂ est différente. Elle n'est pas non plus applicable aux troubles acidobasiques respiratoires comme diagnostic primitif.

La formule est dérivée de patients présentant une acidose relativement marquée. En cas d'acidose métabolique légère (HCO₃⁻ proche de 20 mEq/L ou plus), l'erreur de prédiction augmente et d'autres formules peuvent être plus exactes dans cette zone [2,3]. Cela est particulièrement pertinent pour les patients hémodialysés chroniques, qui présentent souvent une acidose métabolique légère et stable dont la compensation respiratoire suit une relation quelque peu différente.

L'intervalle de tolérance de ±2 mmHg est une convention et non une limite d'intervalle de confiance dérivée statistiquement d'une cohorte de validation moderne. Cela signifie que les patients dont la PaCO₂ se situe juste à la limite peuvent être difficiles à classer avec certitude.

L'erreur d'utilisation la plus fréquente est d'interpréter une PaCO₂ située dans l'intervalle attendu comme la preuve que le patient est « stable », alors que la formule dit seulement que la compensation respiratoire est proportionnée. La sévérité et la cause de l'acidose métabolique sous-jacente doivent être appréciées séparément.

Un autre piège est d'appliquer la formule avant de s'être assuré qu'une acidose métabolique existe réellement. Si le trouble primitif est une acidose respiratoire avec compensation métabolique, la formule de Winter donne une réponse trompeuse. Le trouble primitif s'identifie en appréciant ensemble le pH, la PaCO₂ et le bicarbonate, et non par la formule seule.

Sources

  1. Albert MS, Dell RB, Winters RW. Quantitative displacement of acid-base equilibrium in metabolic acidosis. Ann Intern Med. 1967;66(2):312–22. PMID: 6016545
  2. Marano M. Evaluation of the expected ventilatory response to metabolic acidosis in chronic hemodialysis patients. Hemodial Int. 2018;22(2):180–183. PMID: 28834137
  3. Marano M, D'Amato A, Marano S. A very simple formula to compute pCO2 in hemodialysis patients. Int Urol Nephrol. 2015;47(4):691–694. PMID: 25613433
Mots-clés
syra-basmetabolisk acidoskompensationWinters