Retour aux Book/course

Interprétation de l'ECG clinique

0% terminé
0/0 Steps
  1. Introduction to ECG Interpretation
    6 Chapters
  2. Arrhythmias and arrhythmology
    23 Chapters
  3. Myocardial Ischemia & Infarction
    22 Chapters
  4. Conduction Defects
    11 Chapters
  5. Cardiac Hypertrophy & Enlargement
    5 Chapters
  6. Drugs & Electrolyte Imbalance
    3 Chapters
  7. Genetics, Syndromes & Miscellaneous
    7 Chapters
  8. Exercise Stress Testing (Exercise ECG)
    6 Chapters
Section 3, Chapter 8

Facteurs modifiant l’évolution naturelle de l’infarctus aigu du myocarde (IAM)

Progression du Section
0% terminé

Facteurs modifiant la taille de l’infarctus et l’évolution naturelle de l’infarctus aigu du myocarde (IAM)

La distinction traditionnelle entre NSTE-ACS (NSTEMI, Non-STEMI) et STE-ACS (STEMI) est une simplification clinique utile pour l’orientation thérapeutique immédiate, mais elle ne résume pas toute la complexité physiopathologique. En réalité, l’évolution de l’infarctus aigu du myocarde (IAM) et la quantité finale de myocarde nécrosé sont modifiées par une interaction dynamique de plusieurs facteurs. Les déterminants majeurs de la taille finale de l’infarctus sont les suivants :

  • La taille et la nature du thrombus (degré d’obstruction) : Plus l’obstruction est complète et persistante, plus l’ischémie est sévère. La distinction entre une occlusion thrombotique totale (généralement associée aux STEMI) et une occlusion subtotale ou intermittente (souvent associée aux NSTEMI) est cruciale. La charge thrombotique influence également le risque d’embolisation distale.
  • L’emplacement du thrombus dans l’artère (zone à risque) : La notion de « myocarde à risque » est fondamentale. Un thrombus situé en position proximale (par exemple sur l’IVA proximale) interrompt le flux sanguin vers une masse myocardique bien plus importante qu’une occlusion distale, impactant directement la fonction ventriculaire gauche résiduelle et le pronostic vital.
  • La durée de l’ischémie : C’est le facteur le plus critique modifiable par l’intervention médicale (« Time is Muscle »). La nécrose se développe selon un « front de vague », progressant de l’endocarde (le plus vulnérable) vers l’épicarde. Plus la durée de l’ischémie est longue, plus l’infarctus devient transmural et irréversible.

Bien que ces trois facteurs soient prépondérants, la taille définitive de la cicatrice myocardique est également modulée par des mécanismes endogènes de protection, l’état physiologique du patient et les interventions pharmacologiques.

Circulation collatérale : le réseau de sauvetage

La circulation collatérale coronaire représente un mécanisme de défense endogène majeur. Elle se développe dans le myocarde ischémique en réponse à un gradient de pression et à une ischémie chronique ou récurrente, qui provoque la sécrétion par le myocarde de facteurs angiogéniques (en particulier le VEGF [facteur de croissance de l’endothélium vasculaire], le bFGF et les angiopoïétines). Ces facteurs stimulent l’artériogenèse, transformant des artérioles préexistantes mais non fonctionnelles en vaisseaux de conductance capables de perfuser la zone ischémique.

La circulation collatérale peut être suffisamment efficace pour prévenir la nécrose lors d’une occlusion totale progressive. Cliniquement, il n’est pas rare d’observer des patients avec une occlusion totale chronique (CTO) d’une artère coronaire majeure conservant une fonction systolique normale grâce à une collatéralité de grade Rentrop élevé. Dans le contexte de l’infarctus aigu :

  • Les patients ayant des antécédents d’angine de poitrine (ischémie préexistante) ont souvent un réseau collatéral plus développé, ce qui limite la taille de l’infarctus lors de l’occlusion aiguë par rapport aux patients subissant une occlusion soudaine sans préconditionnement.
  • Une circulation collatérale robuste peut masquer les signes ECG typiques : des occlusions totales proximales peuvent ne pas présenter d’élévation franche du segment ST si le flux collatéral maintient la viabilité de l’épicarde.
  • En situation d’effort, cependant, ces vaisseaux peuvent ne pas suffire à répondre à la demande accrue en oxygène, entraînant une ischémie. Paradoxalement, une collatéralité très efficace peut parfois conduire à des tests d’effort faussement négatifs si la perfusion au repos est maintenue.

Des études physiologiques indiquent que si le myocarde reçoit environ 20 à 30 % de son débit normal via les collatérales, la progression de la nécrose est significativement ralentie, élargissant la fenêtre thérapeutique pour la reperfusion.

Anatomie coronaire et dominance

L’anatomie de l’artère coronaire et la notion de dominance varient d’un individu à l’autre, influençant la gravité de l’infarctus. La dominance (gauche, droite ou équilibrée) détermine l’importance relative des artères dans la vascularisation du myocarde, notamment de la paroi inférieure et du ventricule droit.

Par exemple, chez un patient à dominance gauche, l’artère circonflexe irrigue une grande partie de la paroi postérieure et inférieure. Une occlusion de cette artère aura des conséquences hémodynamiques plus graves que chez un patient à dominance droite. De plus, la longueur de l’artère descendante antérieure (LAD) : une LAD « enveloppante » (wrapping LAD) qui contourne l’apex pour vasculariser la partie distale de la paroi inférieure implique qu’une occlusion proximale de la LAD causera un infarctus apical étendu, compromettant gravement la fraction d’éjection.

Préconditionnement ischémique : mécanismes de protection endogène

Le concept de préconditionnement ischémique (Ischemic Preconditioning – IPC) décrit un phénomène par lequel de brefs épisodes d’ischémie non létale rendent le myocarde plus résistant à un épisode ultérieur d’ischémie prolongée. Découvert initialement sur des modèles animaux, où des cycles d’occlusion-reperfusion de 5 minutes réduisaient la taille de l’infarctus de près de 60-70 %, ce mécanisme active des voies de signalisation intracellulaires complexes (impliquant l’adénosine, la bradykinine, les opioïdes et les canaux potassiques K-ATP mitochondriaux).

Le concept a évolué vers le conditionnement ischémique à distance (Remote Ischemic Conditioning – RIC), suggérant que l’ischémie transitoire d’un membre (par exemple via un brassard à tension) libère des facteurs humoraux ou active des voies neurales protégeant le cœur. Bien que séduisant :

  • Les essais cliniques initiaux, comme ceux de Bøtker et al., ont rapporté une augmentation du sauvetage myocardique lors du transport vers l’angioplastie primaire.
  • Cependant, des études multicentriques de grande envergure plus récentes, telles que l’essai CONDI-2/ERIC-PPCI (Hausenloy et al.), n’ont pas réussi à démontrer une amélioration des résultats cliniques majeurs (décès ou insuffisance cardiaque) à long terme.

Malgré ces résultats mitigés en clinique, la recherche se poursuit pour identifier les agents pharmacologiques (« conditionnement pharmacologique ») capables d’imiter ces voies de protection, notamment pour réduire les lésions de reperfusion.

Lésions de reperfusion et obstruction microvasculaire

Il est crucial de noter qu’une partie des dommages myocardiques survient paradoxalement au moment de la réouverture de l’artère : c’est ce qu’on appelle les lésions de reperfusion. Le retour brutal de l’oxygène génère un stress oxydatif massif (espèces réactives de l’oxygène), une surcharge calcique intracellulaire et une ouverture du pore de transition de perméabilité mitochondriale (mPTP), conduisant à la mort cellulaire de cardiomyocytes qui étaient encore viables à la fin de l’ischémie.

De plus, le phénomène de no-reflow (absence de reflux) peut survenir : malgré la réouverture de l’artère épicardique (stent patent), la microcirculation en aval reste obstruée par des micro-emboles, un œdème cellulaire et une dysfonction endothéliale. Ce phénomène est un marqueur de mauvais pronostic et d’une taille d’infarctus plus importante.

Interventions pharmacologiques et cardioprotection

La prise en charge médicamenteuse vise à réduire la demande en oxygène, stabiliser la plaque et prévenir le remodelage ventriculaire délétère.

Les bêta-bloquants administrés précocement (en l’absence de choc cardiogénique ou de décompensation cardiaque aiguë) réduisent la consommation myocardique d’oxygène (MVO2) par leurs effets chronotrope et inotrope négatifs. Ils prolongent la diastole, améliorant ainsi la perfusion coronaire. Les études historiques (ISIS-1, MIAMI) ont confirmé leur rôle dans la limitation de la taille de l’infarctus et la réduction des arythmies ventriculaires.

Les antiplaquettaires : L’aspirine, associée aux inhibiteurs des récepteurs P2Y12 (ticagrelor, prasugrel, clopidogrel), est fondamentale pour prévenir la ré-occlusion thrombotique et l’extension du thrombus, maintenant la perméabilité du vaisseau après fibrinolyse ou angioplastie.

Les statines à forte dose, initiées précocement, exercent des effets pléiotropes au-delà de la réduction du LDL-cholestérol : elles améliorent la fonction endothéliale, réduisent l’inflammation vasculaire et stabilisent la plaque d’athérosclérose, réduisant le risque d’événements récurrents.

Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou les ARA-II : Bien qu’ils ne réduisent pas directement la taille de l’infarctus initial, ils sont essentiels pour prévenir le remodelage ventriculaire gauche (dilatation post-infarctus) et l’insuffisance cardiaque secondaire, améliorant ainsi la survie à long terme.

Stress circulatoire et métabolique

L’équilibre entre l’apport et la demande en oxygène est précaire lors d’un SCA.

  • Tachycardie et Hypertension : Augmentent considérablement la consommation d’oxygène du myocarde (postcharge et fréquence cardiaque), aggravant l’ischémie dans les zones limites (pénombre ischémique).
  • Hypotension : Réduit la pression de perfusion coronaire, particulièrement critique car le flux coronaire est dépendant de la pression diastolique aortique. L’hypotension peut entraîner une extension de l’infarctus et précipiter le choc cardiogénique.
  • Anémie et Hypoxie : Réduisent le contenu artériel en oxygène, compromettant l’apport aux tissus déjà ischémiques.
  • Hyperglycémie : L’hyperglycémie aiguë, fréquente lors de l’infarctus (même chez les non-diabétiques), est associée à une augmentation des acides gras libres, du stress oxydatif et de l’inflammation, corrélée à une plus grande taille d’infarctus et à une mortalité accrue (phénomène de toxicité glucidique).

Apprenez l'ECG, l'écho, la cardiologie et plus encore.